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 Les Chroniques de Liève

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Nusenism
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MessageSujet: Les Chroniques de Liève   Lun 13 Déc 2010, 00:52


Si le monde est limité, l'imaginaire, lui, est infini.



Tome 1: De l'autre côté


Synopsis: Andy vit seul depuis la mort de ses parents et la disparition de son frère. Pour survivre, il a besoin de deux choses: des boulots pas très catholiques qui lui apportent un peu d'argent, et Alix, sa meilleure et seule amie, qui lui apporte un peu de joie. Seulement voila, sans le savoir, le jeune voyou se met à dos Ray Bull, le fils d'un des patrons de la pègre locale, et attire des ennuis non seulement à lui-même, mais aussi à Alix. De l'autre côté du Pont, le professeur Lan McShine vient d'écrire un livre, qu'il n'a pas souhaité publier, et enseigne depuis peu à l'Université d'Eviel. Alors qu'il tente de remettre sur le droit chemin une élève qui l'intrigue énormément, Lan fait une rencontre peu commune: Irvine Onyx, un motard mystérieux et dangereux qui n'a rien à faire dans un bar, car il est censé se trouver... dans son livre.

Personnages:
 

Lire les chapitres 1 à 5:
http://sd-2.archive-host.com/membres/up/1653298719654527/Apercu_Tome_1.pdf


Note de l'auteur: Bien que le tome 1 soit terminé avec un total de 15 chapitres + épilogue, je n'en laisse ici que 5, en guise de présentation, car je cherche actuellement à être publié.


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Tome 2: Cyberdogs


Note aux lecteurs : Les évènements figurant dans cet opus ne sont pas une continuité directe de ceux du premier. Ils les chevauchent plus ou moins. Le début coïncide avec le lendemain du jour où Andy rejoint Eviel (après son exil par les East Dogs), et la fin… ne sera pas sans vous rappeler quelque chose, un certain épilogue, me dit-on dans l’oreillette. Aussi, je me dois de vous informer que les protagonistes de ce tome 2 ne seront pas vos petits favoris du livre précédent. J’espère néanmoins qu’ils sauront vous charmer tout autant, à leur manière ! Et pas de souci, les premiers héros seront de retour, fidèles au poste, dans le Tome 3 ! Mais laissez-moi le temps, quediou !



Synopsis: Ray, Elsa et les deux armoires qui les accompagnent constamment vaquent à leurs vagabondages et mauvais coups dans Liève. Nous sommes au lendemain du départ d’Andy pour Eviel. Alors qu’ils reviennent d’un cambriolage dans la partie nord de la ville, ils sont attaqués par des hommes d’armes que Ray identifie comme appartenant à la SILVER.CORP, une riche entreprise dont le PDG est un ancien associé de son père.
Après l’échec de ses propres vigiles à éliminer le fils de son ex-collègue, il utilise sa fortune pour s’offrir les services d’une unité de mercenaires d’élite, la SAD. Ses ordres : éliminer les Dogs jusqu’au dernier, tandis que l’arme secrète de la SAD, un agent du nom de Kraven Kosevsky, se charge personnellement de ramener la tête de Ray Bull.

Personnages:
 

Lire les chapitres 1 à 3:
http://sd-2.archive-host.com/membres/up/1653298719654527/Apercu_Tome_2_-_Chapitres_1_a_3.pdf


Note de l'auteur: Ce tome est en cours d'écriture. Comme pour le premier, je partagerais ici, quand ils seront disponibles, les chapitres 1 à 5.

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Dernière édition par Nusenism le Jeu 20 Juin 2013, 13:00, édité 3 fois
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Nusenism
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Lun 13 Déc 2010, 00:54


Chapitre 1 : Ordures en tous genres

DRIIING ! DRIING !
« Fais chier… »
Pourquoi ce satané réveil sonne toujours si tôt ? J’ai mal au crâne, et là, mentalement, c’est pas possible de penser. J’arrive tant bien que mal à me retourner dans le pieux. Le regard embué, j’aperçois à présent le cadran à chiffres de ce foutu radio-réveil. Puis je tape dessus, à l’aveuglette. Après que le son strident s’arrête, je me sens mieux. Jusqu’à ce que mon putain de sourire niais s’efface de mon visage. J’ai enclenché la FM à la place. J’entends le bruit, que j’appelle « mouches », dû à la mauvaise réception du signal, et qui couvre presque les propos de l’autre paumé de présentateur de Liève-Actu. Ça fait pas de mal, le gars retrace de manière monotone à gerber les évènements les plus inintéressants de la ville. J’entends sans vraiment écouter «la fluctuation du cours du marché des melons verts» et «les déboires des pêcheurs à cause de l’industrialisation», et je me rendors, dans un sommeil noir dénué de rêves, un sommeil volé par un jeune homme qui sait qu’il n’était pas censé se rendormir. Un jeune homme qui se réveille en sursaut une demi-heure plus tard.
« Merde ! »
Je me lève subitement. Stressé, plus du tout ensuqué. Le radio-réveil a fermé sa gueule. C’est parce qu’il s’arrête automatiquement au bout de dix minutes. Les moteurs d'automobiles rugissent à l’extérieur. Cette piaule est pas insonorisée, c’est le moins qu’on puisse dire. Je peux par exemple vous dire que le couple qui vit en dessous de chez moi va bientôt divorcer vu la violence des disputes, je peux aussi affirmer que ma voisine du dessus est une nymphomane ou une pute, en tout cas elle se fait trombiner par un mec différent tous les soirs. Quant à la vieille qui habite en face, impossible de dire si elle est juste discrète ou si elle est morte et en train de pourrir sur son fauteuil au grand plaisir des mouches. Enfin bon, les déboires de ses voisins, tout le monde s’en fout. Moi le premier.
Je fais le tour de mon lit à la recherche de mes pompes. Dehors, il fait jour mais la lumière est plutôt fade. Le soleil fait le pudique. Je me baisse pour regarder sous le lit. J’ai une chaussure. Manque plus qu’à trouver l’autre. J’en profite pour attraper des fringues posées en vrac sur le sol. J’enfile un vieux jean, un peu abimé mais il fera l’affaire. Puis je mets le premier t-shirt propre qui passe. C’est en envoyant valdinguer d’un coup de pied le reste des fringues vers un coin de la pièce que je découvre la cachette de ma deuxième chaussure. Me voila prêt. J’ouvre la fenêtre en passant et m'aperçois qu’il pèle pas mal dehors, pour un mois de septembre du moins ; puis je sors de la chambre. Dans la cuisine je trouve ma veste zippée sur le dossier de la chaise. Elle servira. Je grimace. L'’évier est bondé. Hier soir j’ai encore oublié de faire la vaisselle. J’examine le placard juste au-dessus dans l’espoir de trouver de quoi combler mon estomac qui émet d’insupportables gargouillis. J’y trouve deux biscuits rassis qui se battent en duel. On fait avec ce qu’on a; je les prends et les mange, mais à ce rythme, je suis un cadavre dans deux jours. La bouche pleine de ces trucs dégueulasses, j’observe l’heure. Faut vraiment que je me bouge ! Je cours jusqu’à l’entrée. Derrière la porte est accroché mon sac, je le saisis et le balance sur mon dos… dans un mouvement trop large. Il percute un truc sur la commode derrière moi. Exaspéré par moi-même, la mine dépitée, je me tourne vers l’objet que j’ai suicidé. C’est une photo d’Irvine. Mon frère. Le verre du cadre s’et fissuré.
« Et alors ? Toi aussi tu m’as laissé tombé ! lui dis-je. Tu t’es pas gêné pour disparaître sans rien dire hein connard ? Papa et maman crèvent, et toi tu files comme un voleur ! D’ailleurs… t’es peut-être mort toi aussi, depuis deux ans… ? »
Je repose la photo sur le meuble, face vers le bas, histoire de ne plus l’apercevoir. Je déverrouille ma porte, et je me tire de ce trou. Jusqu’à ce soir…

*

Voila qu’à présent, je me trimballe avec mon sac dans de petites rues silencieuses. Au loin, dans les grandes avenues, les conducteurs endormis observent tant bien que mal les feux de régulation, un pied mou posé sur l’accélérateur et l'autre maintenant difficilement l’embrayage enfoncé dans l’attente de la couleur verte annonciatrice de départ. Moi, j’évite les lieux bondés, je prends des raccourcis. On appelle aussi ça des coupe-gorges, mais plutôt la nuit. Je traverse donc les quartiers les plus puants de Liève, je mets les deux pieds dans une grosse flaque d’eau formée par une détérioration de la chaussée, et je rage de mon inattention. Je croise des gars qui boitent, un bouteille à la main, souvent presque vide. Des types qui craignent vous l’aurez deviné, mais pas spécialement pour moi. Ils m’ignorent en fait. Que voudriez-vous qu’ils tirent de moi ? J’ai pas un rond, mes fringues sont miteuses, et s’ils me frappaient, ils n’obtiendraient que de la gerbe de biscuits périmés et de la bile. Rien qu’à y penser, j’ai un haut-le-cœur. Comme quoi, se dégoûter soi-même est un excellent contraceptif contre la faim.
Je continue à marcher, de rue en rue, de croisement en croisement, de quartier puant en quartier puant, bifurquant machinalement dans ces lieux que je connais par cœur puisque j’y baigne depuis que je suis né. Il me tarde que mes chaussettes sèchent. Arrivé à la hauteur de deux containers vert sombre, je m’accroupis pour nouer mes lacets humides qui voletaient allègrement autour de mes pompes avant que je ne le remarque. C’est à ce moment que retentit une voix derrière moi, et ce n’est pas celle que j’ai le plus envie d’attendre.
« Mais dis-moi Rooser, c’est pas ici qu’on fait la pause-caca, t’es au courant ? »
Rooser, pour info, c’est moi. Andrew Rooser c’est comme ça que je m’appelle. Quant au petit con tout fier de sa remarque qui ricane dans mon dos, c’est un type avec qui j’ai fait un ou deux coups et qui croit que je suis à sa botte maintenant. Un certain Ray Bull. Je sais même pas si c’est son vrai nom.
Je me relève et reprends une certaine contenance.
« T’as un souci, Ray ? Tu veux qu’on en discute peut-être ? que je lui réponds.»
C’était une réplique de mon frère Irvine. Ça sonnait vachement classe quand c’était lui qui le disait. L’autre la fermait et partait en fixant le sol. Avec moi, on va dire que… c’est pas aussi efficace. Pas du tout en fait, à en juger le sourire narquois qui se fend sur le visage de jeune voyou me faisant à présent face. Il a une sombre cicatrice en forme de griffe qui descend de son œil droit vers sa joue, et ses fringues sont moins abîmés que les miennes. Si c’était pas un imbécile fini, j’aurais dit qu’il avait un look sympa. Mais accompagné de ses deux gorilles chauves à boucle d’oreille, qui craquaient des poings, et de sa poufiasse de service, une blonde avec un piercing au nez, un air constamment dégoûté qui vous fixe d’un air hautain dans ses fringues gothic-bitch… ce n’est pas vraiment le genre de remarques qui me vient à l’esprit.
Le type s’avance vers moi, et me dit :
« Qui t’a autorisé à m’appeler par mon prénom, blondinet ? »
Alors là… je m’attendais à autre chose ! Je savais que cette petite chiure à papa se la jouait, mais de là à ce qu’il demande du « monsieur »…
Il avance une main vers moi et me plaque contre l’un des containers juste sur ma droite.
« Alors, tu vas répéter ce que tu viens de me dire correctement, commence-t-il. Tu vas dire : ‘Avez-vous un souci quelconque, M.Bull ? Voulez-vous en discuter ?’ »
Il marque une pause, avant de continuer :
« A moins que, comme je le pense, ta phrase ne soit provocante, auquel cas je devrais t’apprendre les bonnes manières. ALORS ? finit-il d’un ton insistant, sa main à présent serrée sur ma mâchoire, me penchant la tête légèrement en arrière. »
J’ai du mal à articuler vu ma position, mais j’ai l’impression qu’il a compris mes propos lorsque je lui ai craché un :
« Va te faire foutre ! »
Il me lâche, et son sourire s’efface de moitié. Je peux à nouveau respirer correctement. Mais ce n’est pas fini, bien sûr. Il me toise toujours méchamment, et finit par le lancer :
« C’est bien ce que je pensais. Un jour, il faudra peut-être que je te dise qui je suis. Ça devrait t’encourager à surveiller ta grande gueule en t’adressant à moi. En attendant, ajouta-t-il à l’intention des deux gars derrière lui, jetez-moi cette merde dans la benne à ordures, histoire de le remettre dans son élément ! »
Il s’approche alors à nouveau de moi, et me souffle à l’oreille :
« Avec mes compliments, pour toi et pour cette chère Miss Pullin ! »
Je fais les gros yeux, et réagis au quart de tour.
« Pourquoi tu… ? Elle n’a rien à voir là-d… !!! »
Un coup de poing violent dans le bide me coupe le souffle et me fait taire. Mon regard devient momentanément flou, pendant que je sens les deux gros bras qui l'accompagnes me saisir, me soulever, et me faire basculer sans ménagements dans le container auquel j’étais adossé. Voila que je m’enfonce au milieu des effluves malodorants, essayant tant bien que mal de reprendre pied. Le bruit de mon corps qui se débat dans la benne ne parvient pas à couvrir les gloussements débiles de la fille aux allures de prostituée. Mais au sein de cette puanteur, une seule idée me travaille. Avant même de songer à en sortir, je me demande : pourquoi a-t-il parlé d’ELLE ?

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Dernière édition par Nusenism le Jeu 20 Jan 2011, 02:08, édité 2 fois
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Zim
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Lun 13 Déc 2010, 02:29

Alors quelques remarques dans l'ordre de la lecture... Des détails, je les mets en spoiler.

Spoiler:
 

J'aime beaucoup le style, très bien maîtrisé. Et j'ai réellement envie de connaître la suite (ça ne m'arrive pas souvent).
Si tu veux me rendre heureux, publie la suite, et publie-la avec moins de coquilles : quand je lis sérieusement quelque chose, je remarque toutes les fautes, et comme je me sens obligé de te les signaler, ça me coupe, et ça m'empêche d'apprécier comme il faut.

Je répète : c'est franchement bien ! Very Happy
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Nusenism
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Lun 13 Déc 2010, 03:22

Merci Zim! Ça fait franchement plaisir que t'apprécies. ^^
Pour les coquilles, désolé, quand je vois certaines des fautes que tu as relevé, je me retiens de me mettre des baffes tant elles sont grossières.
J'en ai corrigé une partie (j'ai essayé de toutes les corriger, mais je suis pas incollable en français malgré mon niveau correct), donc ça devrait être plus agréable à lire pour ceux qui arrivent après toi. ^^

J'envoie pour toi le second chapitre, dans un style encore différent puisque l'on change de protagoniste.

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Chapitre 2 : Innocence

Éveillée par la douce lueur du jour se faufilant entre les stores entrebâillés, voila que je m’étire paresseusement dans mon lit. Mon réveil s’enclenche à peu près au même moment. Je passe ma main à l’aveuglette derrière ma tête et actionne l’interrupteur. Ma lampe de chevet projette une lumière agréable dans la pièce, mélangée à l’éclat matina du jour. Alors que le radioréveil passe un bon petit rétro blues-rock des seventies, je me laisse retomber sur l’oreiller, yeux clos, profitant de baigner dans cette atmosphère que l’on ne ressent qu’une fois tous les bons jours. Quelques minutes de bien être, entre la magie des rêves et l’imprévisible réalité. Alors que le morceau dont j’ignore le nom se termine, laissant place au son moins mélodieux des publicités radiophoniques, je me redresse sur mon lit, écarte mes couvertures et éteint le réveil, enfin prête à me lever pour de bon. Remettant le choix de mes habits pour plus tard, je sors de ma chambre en chemisette et pantoufles. Un coup d’œil dans le miroir du couloir m’offre à voir mes cheveux désordonnés et je suis forcée de sourire. Je ne suis certes pas une grande adepte du maquillage et des heures passées à ‘se faire belle’, mais un bon coup de peigne ne fera pas de mal à ces ondulations rebelles.
La porte de la chambre de maman est grande ouverte, personne à l’intérieur. J’entre dans la cuisine, l’éclairage automatique me devance. Maman n’est toujours pas rentrée de son travail de nuit. La pauvre, elle travaille dur pour nous deux, et n’hésite pas à faire une montagne d’heures supplémentaires depuis que papa est parti. Cet appartement moderne du quartier chic lui coûte les yeux de la tête, mais elle a refusé de déménager. J’ai de la peine pour elle, mais dans un sens, je ne m’en plains pas. C’est la belle vie ici. Et je suis à cinq minutes à pieds du lycée, pas plus en sens inverse de la bibliothèque municipale. Oui, Alix Pullin, c’est-à-dire moi-même, est une férue de littérature, récente ou classique. Ce qui ne signifie pas que je sois une paumée aigrie comme quatre-vingt pour cent des enseignants dans le domaine. Non, comme tous les jeunes de dix-sept ans, j’aime rire, j’écoute de la musique… musique ? Puisque je suis toute seule à la maison, autant en profiter. Je branche le poste portatif posé sur le bar, je trottine jusqu’à ma chambre et en revient avec un CD à la main. Après avoir délicatement inséré le disque, je met le poste en marche puis m’attèle à sortir à manger des tiroirs et du frigo. Rien de tel qu’un petit album des Foowers pendant qu’on prend son p’tit déj’ ! Leur rythme pop-rock vous donne le punch pour la journée. Hochant la tête au gré des instruments, les paroles en anglais dans la tête, je me verse mon thé à l’orange et me sert dans un petit bol à part une petite quantité de céréales, mélangeant avec appétit celles au chocolat et celles au miel. Devant moi, un grand verre de jus de pomme m’attend déjà.
Quelques minutes plus tard, je bois ma dernière gorgée d’infusion et entreprends de débarrasser la table et de remplir le lave-vaisselle. Je m’éloigne alors en direction de la salle de bain, faisant un détour par ma chambre pour y choisir une chemise à carreaux bleue, un petit foulard de soie d’un vert printanier, des sous-vêtements et un jean clair. Puis voila que je m’enferme dans la salle de bain, me surprenant à chantonner ‘♪ You live in fear, we live in beer ♫’, une partie du refrain de la piste six de l’album des Foowers, intitulée ‘Memories of a barman’.

*

Je suis à présent sur un palier de l’immeuble que j’habite, habillée, coiffée, chaussée de baskets en toile – les chaussures que portent habituellement les pimbêches de mon âge me faisant vomir. Je glisse la carte magnétique dans l’interstice de reconnaissance laser. Une petit bip sonore retentit, suivi d’un déclic. L’entrée est à présent verrouillée. Je descends les marches séparant le premier étage du rez-de-chaussée et sors du bâtiment, dont la porte vitrée est sécurisée de la même manière que celles à l’intérieur. Je ne suis pas vraiment sûre que ça ait une véritable utilité, mais les gens se sentent plus en sécurité, et c’est ce qui compte je suppose. Ceci dit, pour être – sans me vanter – assez instruite sur l’actualité de Liève, je devine que ce sentiment de danger est purement fictif. La ville est dominée par la pègre et les gangs, c’est vrai, mais ils ont peu d’intérêt à venir cambrioler des fours micro-ondes avec des restes poulets, où à assassiner le banquier de Mme Rochard. Non, c’est dans les banlieues, zones industrielles, et autres quartiers underground comme ceux où se sont implantés les casinos et les boîtes de nuit que le danger rôde. Dans tous les trous, les coupe-gorges que les voyous affectionnent pour leurs règlement de comptes et le marché noir nocturne.
Alors que mon esprit s’égare dans ces pensées, je suis brusquement ramenée à la réalité par un premier souffle de vent. Je frissonne. J’aurais mieux fait de me couvrir avant de sortir. Ma chemise à manches longues et mon joli foulard se font bien maigres par ce temps. Frémissant légèrement, je traverse le boulevard, qui est la rue principale de Liève, en espérant qu’il fera meilleur lorsque le soleil sera un peu plus haut dans le ciel. En levant les yeux vers les nuages, je note d’ailleurs quelque chose de singulier. Leur position est telle que la partie sud de la ville, celle où je me trouve en ce moment, est ensoleillée, tandis que la partie nord et la partie ouest apparaissent comme grisâtres. De toute façon, je me dis qu’avec la pollution, on passera de la pluie au beau temps en changeant de rue d’ici peu.
Je continue ma route en m’efforçant d’ignorer les lames de vent froid qui me tailladent la peau à travers ma chemise. Les cheveux qui s’envolent, je me moque allègrement de moi-même : « Ma vieille, c’était bien la peine de passer du temps à te coiffer aujourd’hui ! ». Je croise quelques personnes à la mine morose, puis des enfants ne tenant pas en place, impatients de retrouver leurs camarades de jeu à l’école primaire, leurs sacs rectangulaires à l’effigie de super-héros serrés sur leur dos.
Plus qu’une avenue à traverser et j’y suis. Le feu piéton finit par passer au vert et je traverse. Les automobilistes s’arrêtent, observant la lueur rouge d’un air blasé. Et oui, il y a des matins comme ça où on les chope tous ! Je dis ça, mais je n’ai pas le permis. Simplement les souvenirs d’une adolescente habituée aux plaintes de ses parents dans les embouteillages.
Me voila face à ce cher Lycée Robin Rowlman, mon établissement pour la troisième année consécutive. Je viens d’entrer en terminale L, spécialité littérature. A quelques mètres du portail, un agglutinement d’élèves se forme tandis qu’ils se faufilent en masse hors des bus de ville qui les ont trimballés jusque là. Un petit sourire moqueur s’affiche sur mon visage en voyant deux filles maquillées à outrance, habitant dans l’immeuble à côté du mien, descendre du troisième bus. Le ‘bus des flemmards et des invalides’, c’est ainsi que je le surnomme. Pour une raison simple à comprendre : on est plus vite arrivés à pieds.
Entre les pots d’échappements qui auraient bien besoin d’un ramoneur et la brume "nicotinienne" due aux fumeurs, j’ai l’impression d’étouffer, et j’entre donc en avance dans le lycée. Me voila dans cette grande étendue goudronnée que nous avons l’audace d’appeler une cour. Je m’approche de la fontaine de marbre qui se trouve au centre, et m’assoie sur le rebord. Les minutes passent et la cloche finit par sonner. Des élèves entrent en masse, pas l’air trop pressés non-plus. Des connaissances – il en faut un peu plus pour que je qualifie une personne d’amie – me saluent en passant, et je leur répond d’un air absent. Si je reste ici sans bouger, je vais être en retard. Mais j’attends quelqu’un. Un ami justement. Malheureusement, si ma spécialité est la littérature, la sienne est très certainement l’école buissonnière. Pourtant… pourtant il m’a promis qu’il viendrait aujourd’hui. La cour s’est vidée. A présent, seuls quelques fumeurs restent dehors, de ceux qui n’ont surement pas l’intention d’aller en cours. Ça fait quelques minutes que la deuxième sonnerie a retenti, et je suis déjà notée absente sur la feuille d’appel, à tous les coups. Il va venir. Je le sais. Mais quand ?
« Où es-tu donc passé, Andy Rooser ? »

*

Plusieurs minutes se sont écoulées. A présent, je n’oserais plus me présenter en cours seule. Merci Andy, joli lapin que tu m’as posé là. Je pense alors à une petite anecdote de littéraire, celle d’un lapin blanc toujours en retard se promenant avec une horloge détraquée. Appelez-moi Alice. Puis, c’est là que je le vois. Andy, pas le lapin. Il avance dans la cour de sa démarche pataude, avec son jean troué et ses vêtements encore plus froissés qu’à l’habitude. Son regard terne s’illumine en apercevant ma présence, mais cela ne suffit pas à lui arracher un sourire. Je me lève alors qu’il n’est plus qu’à quelques pas. Il approche et me fait la bise sans un mot. Je sens qu’il n’est pas dans son assiette, alors je me retourne vers le bâtiment pour me rendre en classe, sans lui demander d’explications, mais je sens qu’il me saisit la main, avec une certaine vigueur.
« Désolé de t’avoir fait attendre. »
C’est tout ce qu’il dit. Son ton froid en aurait vexé plus d’une. Mais l’humidité dans ses pupilles ne trompe pas. Je lui offre un sourire et lui réponds:
« C’est pas grave. Viens ! dis-je en l’attirant vers moi. »
L’étrangeté de la situation s’est envolée. Nous nous rendons en cours. On se croirait dans un hôpital à parcourir ces escaliers déserts et ces couloirs silencieux. Nous passons devant un nombre incalculable de portes numérotées, derrière lesquelles des professeurs incompétents énoncent leur cours d’une voix monotone, pour une foule d’adolescents somnolents et désintéressés. Nous voilà devant notre salle. Je tends la main pour toquer, puis j’y renonce. Se rendant compte que ma timidité naturelle a repris le dessus, Andy prend les devants. Il frappe avec ferveur, puis actionne la poignée. La porte s’ouvre sur une classe bien remplie. Tous les regards convergent vers nous. Si on voulait la jouer discret, c’est râpé. Le professeur nous observe aussi, l’air calculateur.
« Vous êtes donc en vie, M.Rooser ! Vous m’en voyez ravi ! »
Andy sourcille. Le professeur de mathématiques, M.Awkins, ne s’est jamais adressé à lui avec un ton aussi mielleux. Il y a anguille sous roche, ces deux là se sont toujours cordialement détestés, et ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer. Andy lui répond prudemment :
« Il semblerait. »
Un grand sourire victorieux se dessine sur le visage aux traits encore enfantins de l’enseignant, qui approche pourtant de la cinquantaine.
« - En pleine forme ? demande-t-il.
- Oui, répond Andy, toujours inexpressif.
- Tant mieux, vous en aurez besoin, car ce samedi, ainsi que tous les autres qui viennent, vous êtes en retenue !
- Mais c’est injuste ! m’écris-je.
M.Awkins semble surpris de mon intervention, car je suis une élève très discrète d’habitude, mais il ne se démonte pas et ajoute d’un ton ferme :
« Je ne me souviens pas de vous avoir demandé votre avis, Miss Pullin. Asseyez-vous à présent, et je ne veux plus rien entendre. »
Nous obéissons afin de ne pas aggraver notre cas, et nous dirigeons vers la seule table de libre, celle qui fait face à son bureau, au premier rang. Même en tant qu’élève modèle – oups voila que j’attrape la grosse tête – je considère M.Awkins comme notre plus mauvais professeur. Oh bien sûr, il m’arrive de me moquer intérieurement des professeurs de lettres et de littérature, tellement enfouis dans leurs mondes de vers et de philosophie qu’ils ne savent plus où ils se trouvent lorsqu’ils sortent de leurs monologues passionnés. Mais M.Awkins est différent. Il est compétent dans son domaine, c’est certain, mais je décèle chez lui comme… un certain sadisme. Dans le style du vieux frustré de la vie, célibataire endurci, qui n’a réussi à affiner une relation qu’avec des fonctions mathématiques, des équations à trois inconnues, et autres dérivées. Lui à l’inverse, m’apprécie un minimum. La vie est drôle parfois. Comme quoi les sentiments sont loin d’être réciproques, même dans les cas les plus simples. Je trouve d’ailleurs étrange qu’il me laisse autant en paix, car j’ai à peine la moyenne dans sa matière. Moi et les sciences, c’est une longue guerre froide. Mais je rends mes devoirs maison à temps et ne chahute pas, c’est tout ce qu’il veut semblerait-il. Je me tourne vers Andy. Il fait virevolter son stylo dans des mouvements circulaires entre ses doigts, avec une dextérité pas encore tout à fait au point. L’idée de prendre le cours ne lui a même pas traversé l’esprit à ce bougre d’âne. Je vous jure, celui-là… Il me fait rire. Il est vraiment venu juste pour me voir. Je ne sais vraiment pas comment il va finir, et ça m’inquiète, mais il a toujours des attentions pour moi, et ça fait chaud au cœur.
La demi-heure file, et le cours prend fin. Bien qu’avec cinq minutes de retard sur la sonnerie, M.Awkins finit par nous libérer après avoir donné une montagne d’exercices aussi abstraits qu’inutiles, comme le font tous les professeurs de mathématiques au lycée. En sortant dans le couloir pour se rendre en salle d’histoire-géographie, je m’indigne à nouveau sur les retenues données à Andy.
« - C’est tout simplement immoral !
- Alix…
- Nous étions deux à arriver en retard !
- Alix……
- Il n’a pas le d…
- ALIX !!! intervient-il avec vigueur.
- Oui… ? dis-je, gênée.
- Je ne vais quasiment pas en cours, tu crois vraiment que je vais m’emmerder à aller à ses stupides retenues ? »
Je me sens plutôt bête tout à coup. Effectivement, vu comme ça…

*

Après ça, la matinée file à toute allure. Le professeur d’histoire nous parle du passé de la ville, du développement des banlieues, et de la construction archaïque d’un pont à l’est qui a duré plusieurs années et qui serait à présent désaffecté. J’ai du mal à me concentrer lorsqu’il parle de disparitions mystérieuses datant de plusieurs siècles, ça me donne l’impression qu’il se la joue auteur fantasy, et moi, les histoires surnaturelles, je les aime dans les livres, pas en cours. Andy, lui, est captivé, chose rare. C’est vrai qu’il y a quelques années, son frère a disparu bizarrement. Peut-être qu’il se sent concerné par ces histoires ? Mais ce serait étrange, car il y a de nombreuses décennies d’écart entre tout ça, et un lien me semble peu probable. En tout cas, lorsque la sonnerie retentit, il ne m’en touche pas mot.
Le repas de midi se fait de manière banale, on parle de ci et de ça, rien de très important. Après quoi, nous nous asseyons sur le banc près de la fontaine. On n’a pas encore fini de s’installer que quelques gars nous repèrent et passent devant Andy en lui adressant des remarques piquantes.
« Dis donc Rooser, depuis le temps on s’était dit que t’avais rejoint ton frangin au pays des merveilles ! »
Il leur répond d’un geste nonchalant de la main. Les types n’en rajoutent pas. Ce ne sont pas de mauvais bougres, juste des jeunes peu soucieux du mal que peuvent faire certaines paroles, certains mots. Dans un sens, je comprends leur point de vue : Andy évoque toujours son frère comme s’il était là, quelque part, et qu’il l’avait abandonné. Mais personne n’a été capable de retrouver sa trace, il a tout simplement disparu, et la plupart sont certains qu’on ne le retrouvera pas en un seul morceau. Pour ma part, j’évite de prendre un parti. Je crois qu’Andy se fait de faux espoirs, tout en se méprenant sur son frère qui ne l’a peut-être pas volontairement laissé tomber, mais je ne peux pas en être sûre, alors je me tais, car je ne voudrais pas m’engager sur le seul terrain qui pourrait me causer une dispute avec lui.

*

Quelques minutes plus tard, Andy semble de nouveau morne. Son humeur est assez lunatique aujourd’hui. Ce n’est pas très fréquent chez lui. C’est au moment où je m’apprête à lui demander ce qui ne va pas qu’il se décide à émettre un son d’un voix enrouée, comme si ça devait sortir depuis ce matin mais que c’était resté coincé quelque part dans sa gorge.
« Alix, tu as déjà entendu parler de Ray Bull ? »
C’était donc ça qu’il a mis tant de temps à me demander ? Dommage, moi qui pensait pouvoir l’aider, il se trouve que je ne connais absolument pas ce type dont il est question. A moins que… mais oui ! Ce nom me dit quelque chose, ça me revient !
« Je ne sais pas qui est Ray Bull, Andy, mais il n’aurait pas un lien avec Jack the Bull ? »
Andy se lève subitement, les yeux exorbités. Je sais que l’homme à qui je fais allusion n’est pas rassurant, mais de là à se mettre en état de choc…
« - Jack the Bull, du gang des East Dogs ? demande-t-il, le regard dans le vide.
- Oui, pourquoi ? Ne me dit pas que tu as des problèmes avec les D…
- MERDE ! s’exclame-t-il. »
A ce moment, il jette son sac sur ses épaules et traverse la cour au pas de course, pressé et paniqué.
Voila que mon meilleur ami voit son humeur passer du blanc au noir en même pas dix secondes et qu'il prend ses jambes à son cou sans même me dire au revoir ni m’assurer que tout va bien. Grâce à ma logique imparable, j’en déduis qu’à l’inverse, tout va mal. Où est-il parti si vite ? Trouver ce Ray Bull ? Pourquoi ? Qui est-ce ? Quel est le rapport avec moi alors que je n’ai jamais vu ce type de toute ma vie ? Mais s’il a un lien avec les Dogs, c’est peut-être dangereux. Ce morveux d’Andy va me donner des insomnies s’il ne donne pas signe de vie dans la soirée. Cette histoire me tracasse toute l’après-midi, à tel point que les professeurs m’ont réprimandé sous prétexte que j’avais l’air ailleurs. En quittant le lycée à dix-huit heures, j’ai les ongles courts à force de les ronger. Aaah Andy, pourquoi les problèmes te suivent-ils ainsi partout ? Je m’inquiète peut-être pour rien, mais j’en doute fort.

*

De retour chez moi, la surprise continue. Je trouve la porte fermée, l’appartement sans vie. Éteint. Les chaussures de maman ne sont pas dans l’entrée. Sa veste non plus. Elle ne devrait pas être repartie travailler si tôt. D’ailleurs, rien n’a bougé depuis que je suis partie ce matin, alors m’est avis qu’elle n’est même pas rentrée. Qu’est-ce que c’est encore que ce délire ? Elle serait allée faire des courses ? Impossible, elle ne peut pas travailler deux nuits à la file sans dormir. Peut-être fait-elle des heures supplémentaires de jour, et qu’elle arrivera tard pour ne pas travailler ce soir ? Quelle galère. Elle a mal choisi son jour, moi qui suis déjà inquiète ! Je pars me faire un brin de toilette pour me changer les idées, puis je m’installe sur le canapé. A travers la baie-vitrée du salon et le store grand ouvert, je peux admirer les mille lueurs de la ville, le soleil couchant s’effaçant progressivement pour laisser place aux éclairages artificiels et à quelques étoiles. Le monde a l’air calme et serein vu d’ici. Quelle belle illusion. Toutes mes tentatives pour penser à autre chose s’étant avérées infructueuses, j’allume la télévision pour regarder les informations. Inconsciemment, je crois que j’attends une quelconque nouvelle sur les East Dogs, mais il n’y a rien, évidemment. Ça ne parle que de la parution d’un nouveau best-seller et de la crue du fleuve au nord de Liève, puis on en arrive à des disparitions étranges dans le secteur est, qui me font avoir une petite pensée pour mon professeur d’histoire. Aucune annonce politique, et rien sur les Dogs évidemment, ça fait plus d’une semaine que les gangs et mafias n’ont pas fait un seul gros coup. On dirait presque qu’on est en sécurité, c’est fou. Mais voila. Maintenant, il est vingt heures trente, et ma mère n’est toujours pas rentrée. Quant à Andy, il n’a pas appelé.
Dire que la journée avait si bien commencée…

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Nusenism
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Ven 25 Fév 2011, 01:26

Yep yep! Voici le chapitre 3 terminé!
J'espère que la longueur ne rebutera pas tout le monde et que vous me ferez parvenir vos avis. ^^

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Chapitre 3 : Un siège vide nommé espoir

Toutes ces copies pleines d’idées désorganisées et mal énoncées, de quoi vous donner des maux de tête. Ou l’envie de piquer du nez, au choix. Pour ma part, bien sûr, je n’ai pas ce choix. Je suis forcé de les corriger une à une puisque c’est moi qui ai donné ce devoir. Donc va pour le mal de crâne. Dur dur d’être professeur dans une matière aussi spéciale que la mienne de nos jours. Les élèves sont si terre à terre, tellement ancrés dans la banalité, que je ne trouve des choses vraiment intéressantes que dans une copie sur vingt environ. J’ai songé à en sauter dix-neuf à chaque fois que je trouvais une idée bien, pour gagner du temps, mais étrangement, ça n’a pas fonctionné. Le monde est cruel. Oh, j’oubliais, vous ne savez même pas qui je suis ! Faisons ça vite : je me nomme Lan McShine, et j’habite un appartement réservé au personnel de l’Université d’Eviel. Mon job ? Professeur, depuis cette année. J’enseigne une matière que j’ai personnellement inventée, et qui a été homologuée en tant qu’option facultative par le conseil universitaire de la ville. Le nom est assez pompeux, mais personne n’a trouvé mieux que « Conception d’univers imaginaires appliquée aux arts ». C’est donc une option qui servira aux écrivains, scénaristes, peintres et dessinateurs, concepteurs d’univers vidéo-ludiques, voire quelques compositeurs ingénieux et autres fous en tous genres. Bref, rien qui justifie un diplôme ni qui assure un avenir professionnel stable. J’ai proposé ma matière sans aucun espoir, et je ne fus pas surpris de trouver le conseil sceptique. Mon succès, je le dois à Oskar Fleisjer. Un vieux timbré rabougri, un scientifique à la retraite qui effectue ses recherches à l’université, et qui vient toujours, pour des raisons obscures, se mêler des affaires du conseil. Je ne sais même pas pourquoi il a pris mon parti, peut-être ne le saurais-je jamais, mais il a su les convaincre, et pour ceci, je lui en suis éternellement redevable. Possible que le conseil n’ait accepté que pour le faire enfin taire, mais le fait est que ma matière est homologuée, et que j’enseigne. Ou du moins j’essaie…
Bref, aujourd’hui, me voila le nez dans les copies des élèves qui ont choisi cette option juste par dépit – leur programme les forçant à en prendre une – et qui n’ont aucune affinité avec mon enseignement. A la lueur incertaine de ma lampe de chevet, qui émet depuis mon bureau des grésillements attestant de sa fin de vie imminente, je me plonge de nouveau dans l’ennui des textes sortis d’une écriture forcée par un devoir. J’ai les paupières lourdes, un peu comme certains élèves pendant mes cours. Machinalement, je rajoute deux points supplémentaires à chaque note pour ne pas décourager tout le monde avec une moyenne générale trop catastrophique. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire… Lorsque je termine la correction de la dernière feuille, je pousse un soupir de triomphe, puis je me muni d’un brouillon pour écrire la suite de ce qui doit devenir mon second roman, commencé il y a peu. Mais les mots et l’inspiration ne viennent pas. Je m’affale sur le bureau, la tête dans les bras, pour faire le vide, chose qui me réussit admirablement. Si admirablement que malgré cette position inconfortable et la surface rude du bois, je sombre dans un sommeil profond et sans rêves.
Les premières lueurs du jour s’engouffrent au travers des volets de bois restés ouverts, qui se sont tout de même légèrement rabattus de leur propre chef, ou plutôt au grès du vent puissant qui parcours couramment Eviel. La lumière commence à traverser mes paupières et s’avère assez gênante pour me réveiller. Peu à peu, en grognant doucement, j’émerge. J’ouvre les yeux, suis ébloui, et les referme aussitôt, le temps de m’habituer. Ma lampe de bureau est éteinte, j’en déduis qu’elle a grillé après que je sois tombé comme une masse. Difficilement, je me redresse, les courbatures dues à la position peu commode se font sentir, accompagnées d’une douleur à la joue droite lorsque je la décroche de la table. La surface pas tout à fait lisse du chêne doit être incrustée dans ma joue. Bravo Lan, ça te donne un look d’enfer. Je trifouille dans le bric-à-brac qui peuple les abords du mur sur mon oreiller improvisé. Après avoir déplacé trois feuilles volantes, une pile de livres rapiécés et une console portable old-school, j’offre à la vue une petit pendule de grand-mère, un petit truc tout moche, hérité de mes vieux, mais qui a le magnifique pouvoir de donner l’heure sans électricité, contrairement aux radios-réveils et autres conneries high-tech. Et là, justement, je vois qu’il est neuf heures moins le quart. Merde !!! J’ai seulement un quart d’heure pour me préparer et me rendre à l’université avant que mes élèves ne se regroupent comme un troupeau devant ma salle, et n’attendent avec l’espoir malsain que je n’arrive jamais, merci pour moi, les étudiants sont toujours pleins de délicates attentions. En hâte, je fourre dans mon sac à bandoulière les copies corrigées la veille. J’en aperçois trois non-notées un peu à l’écart. Super mon vieux, tu les as oubliées dans la fatigue. Tant pis, il faudra que je trouve un moment pour les corriger en classe, je n’aime pas faire traîner, alors je veux tout rendre aujourd’hui. Pendant ce temps, la machine à café chauffe. Je manque d’oublier la dosette, mais un éclair de lucidité m’épargne le désagrément de me servir une tasse d’eau bouillante. Je m’habille à peu près correctement, jean, pull-over gris, blouson noir. J’engloutis mon café comme les dieux l’ont fait avec l’Atlantide, en me brûlant le gosier au passage, puis je me m’élance vers la porte en maudissant ma stupidité et en me raclant la langue avec les dents, comme si ça allait stopper la douleur. Un tour de clé pour ouvrir, deux pour fermer, exécutés machinalement. Aucune idée de l’heure à présent, j’ai laissé ma montre dans un tiroir de ma salle de classe, grand malin que je suis. Mais je pense que le quart d’heure n’est pas écoulé. Et puis, si les élèves arrivaient à l’heure, ça se saurait. Je sors du bâtiment des appartements et patauge dans la neige de la cour avec mes tennis en toile. C’est froid, mais j’ai l’habitude. De minces flocons volent lentement autour de moi. Une assez belle journée. J’entre dans le bâtiment principal, saluant d’un air absent et pressé la secrétaire qui me fait les yeux doux. Pauvre femme, la quarantaine, célibataire, au physique ingrat, avec une telle quantité de maquillage qu’elle aurait bien sa place dans un cirque… Je déboule dans un couloir subissant le va et vient de quelques élèves. J’appelle l’ascenseur, mais le bouton reste éteint. Encore en maintenance, comme les trois cent soixante-quatre jours à venir je suppose, vu les compétences du technicien. A moins qu’ils ne l’aient pas mis en marche par souci d’économie ? Oui c’est surement ça, ils ne le branchent que le week-end, quand il ne sert à personne. Ça coûte moins cher. Je me résigne à prendre les escaliers jusqu’au quatrième étage, me convainquant qu’un peu de sport matinal est bénéfique à ma santé de jeune diplômé. Quelques instants plus tard, je pose un premier pied sur le plancher grinçant et poussiéreux de ce que j’aime appeler « l’étage oublié ». Il faut dire ce qui est : cet étage n’est fréquenté que par moi, mes élèves, et les rats. Cette dernière catégorie étant certainement la population majeure à en juger les bruits dans les combles. Le concierge en a lui aussi oublié l’existence. Les poutres commencent à pourrir, et les toiles d’araignées étendent leur royaume de plus en plus ostensiblement. Je n’ai même jamais compris comment l’ascenseur monte jusqu’ici – quand il marche – alors que le reste de l’étage n’est même pas doté d’électricité. Un don du ciel a fait en sorte que nous ayons un chauffage à gaz cependant, ce qui rend le lieu agréable question température. J’avance jusqu’à une porte de bois massif, plonge la main dans la poche de mon jean, et en sort une grosse clé de bronze noircie par le temps et l’humidité. Lorsque je l’insère dans la serrure, le verrou m’oppose son côté révolutionnaire, offrant une petite résistance pour la forme, mais il finit par céder à mes arguments dans un couinement aigu. La porte s’ouvre alors très facilement, dévoilant mon petit univers. Pour quiconque serait ici à ma place, cet endroit n’aurait rien de plus particulier que le couloir que je viens de quitter, si ce n’est le fait que ce soit un peu plus propre, et que l’on note la présence de vieux pupitres, avec les trous pour encriers, et d’un large tableau d’ardoise salie par la craie. Pour moi pourtant, ce lieu représente bien plus. Ce le lieu où j’enseigne, où j’influence mes élèves pour les pousser à créer. Je n’ai pas grand-chose à leur apprendre textuellement parlant. Mon cours tiendrait en quelques pages maigrichonnes. Car je ne transmets pas un savoir. Je transmets bien plus : une volonté. La volonté de rêver et de faire rêver. Ici, dans cette salle, naissent de futurs auteurs, cinéastes, compositeurs, artistes en tous genres. Dans cette salle naissent des idées qui peut-être seront célèbres plus tard. C’est ici que d’un petit grattement de plume naîtra peut-être tout un monde, toute une histoire. Rien que pour ça, cette pièce renferme plus de magie que la Bible. Et cela suffit à rendre cet endroit merveilleux à mes yeux. Son aspect sobre, presque miteux, me plait beaucoup, car je le considère comme propice à l’usage que j’en fais. Aux ordures les néons plastiques et les tables industrielles, je ne forme pas des banquiers, je donne naissance à des artistes. C’est mon œuvre, celle de ma vie. Je fais rêver ceux qui vous ferons rêver. Ne me remerciez pas, j’y prends goût.

*

J’ai finalement pu m’installer, et j’ai sorti les trois copies qu’il me manquait juste avant que les élèves arrivent.
Des pas retentissent sur les vieilles lames de parquet du couloir, et une première tête apparait dans l’embouchure de la porte. Je fais signe d’entrer. Ce sont trois ou quatre élèves seulement qui prennent place en attendant leurs camarades. Je mets le nez dans les copies, espérant pouvoir en corriger au moins une sans être interrompu par une question ou des arrivées massives. Mon vœu est exaucé. Pour une fois…
C’est lorsque j’entame sans trop d’espoir la deuxième que la classe me parait assez remplie pour ne plus faire patienter tout le monde. Je me lève donc, et m’adresse à l’ensemble des étudiants du haut du petit estrade devant le tableau.
« Bonjour tout le monde ! »
Quelques vagues retours me parviennent, plusieurs restent silencieux. Je ne dis rien, on n’est pas à l’armée, je vois la discipline et le respect ailleurs que dans une simple formalité matinale.
« Bien, je vais aujourd’hui vous rendre les devoirs que vous avez fait il y a une semaine. Cependant, il me manque deux ou trois petits détails à régler. Vous allez donc vous occuper les méninges en attendant ».
Une attention forcée se crée chez les étudiants. Ils écoutent à présent avec un semi-intérêt. Je leur tourne le dos le temps d’écrire une phrase au tableau. Lorsque je leur fait de nouveau face, ils peuvent lire : « Contes pour enfants – Brisez la barrière ».
Je décèle des regards d’incompréhension. Seuls un ou deux ont sorti une feuille de brouillon.
« Je m’explique : je voudrais que vous réfléchissiez, dans votre tête, et éventuellement en notant des choses sur un brouillon, à la manière dont vous pourriez remanier un conte pour enfant – celui de votre choix, en le rendant plus intéressant au public adulte. »
Une main se lève. Yes ! Une question, c’est que je suscite un minimum d’intérêt avec mon sujet, bingo.
« Monsieur, les contes n’ont-il pas habituellement une morale destinée à tous, et pas seulement aux enfants ? »
Bien vu amigo.
« Effectivement, William. Et je veux que vous conserviez cette morale. Votre conte retravaillé doit être reconnaissable, partir de la même base, et faire retenir à peu de choses près la même leçon. Mais je veux du changement dans la forme. Je veux que vous me racontiez ça d’une manière non-adaptée à l’enfance, contrairement au conte original. C’est compris ? »
Le jeune homme, un étudiant noir aux cheveux courts et bouclés, assez discret, hoche la tête. Je balaye la salle du regard, aucune main de se lève, les autres sont soit endormis soit pensifs. Je peux donc retourner à mes corrections.
C’est trente minutes plus tard, alors que j’ai terminé, classé les copies dans l’ordre, et laissé à mes élèves un petit peu plus de temps de réflexion ou de somnolence, que je me lève à nouveau.
« Bien, alors je pense que vous avez eu suffisamment de temps pour choisir un conte, et poser les bases d’une idée. Je vous écoute donc, vos commentaires, vos questions ? »
La petite Lyla, une jolie petite brune au milieu de la classe, lève une main hésitante. Je lui donne la parole.
« Monsieur, je ne souhaite pas contester, mais une question me tracasse. Le but du cours, enfin, son intitulé du moins, laisse à supposer que nous devons apprendre à créer des univers. Hors ce travail avec les contes ne consiste qu’à réutiliser l’univers d’un autre. »
Je sourcille. A vrai dire, je ne m’attendais pas à une telle remarque.
« Tu fais bien de poser la question. C’est cohérent comme raisonnement, seulement voila, il faut voir plus loin. Croyez-vous que l’homme est capable d’inventer totalement quelque chose ? L’homme peut-il créer à partir de rien ? »
Je capte quelques attentions, celle de Lyla bien sûr, mais aussi celle de William et de son voisin.
« Sachez une chose. L’homme ne crée pas. Il réutilise, transforme, remanie ce qu’il a vu, entendu, lu, ou encore vécu. Le talent de l’artiste n’est pas de créer sans inspiration extérieure, non. Son talent, c’est de vous faire apprécier son œuvre en vous faisant oublier qu’il n’a rien inventé. »
Un cancre du fond de la classe s’éveille. Pour la première fois, il va me faire parvenir un soupçon d’intelligence, ne serait-ce que par son intérêt à une question comme celle-ci.
« J’ai un peu de mal à imaginer que l’on ne puisse rien inventer entièrement. L’homme a beaucoup créé, non ? me dit-il. »
Je souris.
« Oui… et non. L’homme n’a pas créé. L’homme a compris, l’homme a assemblé, l’homme a modifié. Toutes nous avancées technologiques, ne sont que ça. On n’a pas inventé le feu, on l’a simplement apprivoisé. On n’a pas inventé la lumière, seulement assemblé des composants pour former des ampoules.
Si je vous demandais d’inventer, là, tout de suite, un objet qui ne se rapproche en rien d’un autre objet existant, ni dans sa fonction, ni dans sa composition, quelque chose de complètement nouveau. Le pourriez-vous ? Non. Vous ne pourriez même pas l’imaginer. Car même notre esprit est soumis à une règle, on ne visualise que ce que l’on peut concevoir, et une chose dont nous n’avons jamais soupçonné l’existence… est inconcevable à notre imaginaire. »
Je reprends mon souffle.
« Je sais vous allez, certains du moins, rester sceptiques, et je vous comprends. Je dirais seulement une chose : vous verrez. En pratiquant, en analysant vos créations et celles des autres, vous verrez que tout est inspiré par quelque chose. Il suffit de creuser un peu. Et si l’un d’entre vous parvient à m’amener la preuve du contraire et à me l’expliquer, alors, bien que je doute que ce soit le cas un jour, il gagnera tout mon respect, et celui de nombreuses autres personnes. »

*

La discussion finit par s’estomper. Je suis assez surpris du succès d’un tel débat, quasiment philosophique. Bien sûr une partie de la classe a toujours l’air atrophiée, mais ces jeunes s’intéressent à des sujets passionnants tout compte fait. Ils n’ont pas tous l’âme d’artistes, mais tout n’est pas complètement perdus semblerait-il.
Je finis par couper-court aux débats pour rendre les copies.
« Je dois dire, que votre travail fourni il y a quinze jours… n’est pas des plus brillants. Quelques rares spécimens s’en sont bien sortis, mais la moyenne générale est affligeante. Je me suis vu obligé de la remonter de deux points pour chacun, et ce n’est pas vraiment une raison pour se vanter. Vous savez bien que je ne ferais la morale à personnage concernant les études, la lecture, ce sont des choses personnelles, et vous n’êtes forcés à rien. Seulement, je demande de l’inventivité, de l’originalité, et ceci ne réclame pas une révision de prises de notes. Cela réclame seulement du temps et de la volonté. Je suis bien conscient que le temps d’un examen est relativement court et ne permet pas de fournir un travail admirable, malgré tout, il est évident que certains ont choisi ce court par dépit – coup d’œil en biais aux dormeurs – et n’ont pas changé d’avis depuis qu’ils chauffent les chaises de cette salle. C’est dommage, simplement. »
Après ce long monologue qui fait souffler la moitié des étudiants, je sillonne les rangées en distribuant les copies.
Les filles du premier rang, sages mais minaudant sans cesse comme des commères, ont toutes trois des notes avoisinant la moyenne sans faire d’éclat, leur travail étant long mais plutôt vide dans l’ensemble. Je rends les résultats les plus catastrophiques sans commentaires. J’attribue un quinze sur vingt, ce qui est une bonne note comparé au reste, à Deborah, une blonde aimant se mettre en valeur mais qui apparemment en a dans le ciboulot. William obtient un douze. A vrai dire, ça ne valait que dix, mais son intérêt constant et ses efforts me poussent à le récompenser. Lyla s’en sort avec quatorze. Elle aurait pu atteindre les seize, mais n’a pas eu le temps de finir, c’est dommage, mais pas très grave. Le potentiel est là. Je les félicite tous les trois en leur rendant leur feuille. Puis je rends encore quelques copies se situant entre le niveau bas et le niveau moyen. C’est là que j’arrive à la feuille. Celle qui m’a retenu des heures durant, celle à cause de qui j’ai pris du retard sur les corrections. Cette feuille était un chef d’œuvre. Un chef d’œuvre dont l’auteur est absent. Signé Line Blott, j’ai placé un dix-neuf sur la copie, et j’ai presque eu envie de l’encadrer. Cette jeune fille est habituellement discrète, très jolie mais peu bavarde, presque asociale. Pourtant, elle a fourni un travail digne des plus grands. Alors que la plupart avaient déjà du mal à traiter le sujet de manière originale en écrivant, elle a écrit une chanson. Son texte est meilleur que tous les autres, mieux tourné, plus beau, plus triste, plus spécial, et en plus, elle a ajouté rythme et rimes, formé couplets et refrains. Du grand art. Je me tourne vers l’ensemble de la classe.
« Personne ne sait où se trouve Line ? »
C’est Deborah qui répond.
« Non, monsieur, à votre place, je l’oublierais. C’est une traînée, elle passe ses nuits dans les bars, et ne vient plus en cours depuis une semaine. Pauvre fille. Elle finira dans un bordel. »
Mes mains se resserrent. Je n’ai pas le souvenir d’une traînée. Seulement d’une fille spéciale. Avec sacré potentiel artistique en plus on dirait. Je toise la blonde. Elle a du potentiel aussi, mais ne l’utilise pas à bon escient. Elle est malsaine, égoïste, je le sens des ses mots et son attitude.
Mais j’ai autre chose à faire que lancer des répliques blessantes à une ado qui se cherche encore. Je ravale ma salive, et ajoute pour tout le monde :
« Bien, pour le prochain cours, vous allez étoffer cette idée, car je vous demanderais d’écrire ce nouveau conte et avoir des brouillons avancés est très recommandé. Le travail sera relevé et noté. »
Des contestations d’élèvent.
« Monsieur ! Votre matière est facultative et vous donnez plus de travail que les autres ! »
J’ai les yeux qui brillent.
« Mais bien sûr, cependant, vous remarquerez que je ne vous fais pas écrire des tonnes de notes, que je ne vous demande pas d’apprendre des milliers de dates et de formules mathématiques. Je ne forme pas des secrétaires aux trente-cinq heures ou des historiens croulants, je forme des artistes. Et vous savez quel est le point commun de tous les artistes ? »
J’ai réussi à capter de nouveau une forte attention, quel bon jour, c’est fou. Je poursuis donc.
« Un artiste… ne dort jamais. Ils vivent la nuit. Car lorsque les autres rêvent et oublient, ils rêvent et produisent. N’oubliez pas ceci. C’est au coucher du soleil que naissent les belles histoires, les belles images, les belles chansons. »
Je laisse ma classe partir. La journée file avec eux. Ce soir, je vais donner raison à mes paroles. L’artiste que je suis va vivre la nuit. Mais pas pour écrire cette fois, pour chercher. Je dois retrouver une élève. Une fille qui m’a abandonné pour des bars puants et que je dois rencontrer. Même si elle ne revient pas en classe, je dois lui parler. Juste pour m’assurer qu’elle ne gâche pas un talent et une vie pleins de promesses.

*

La nuit est tombée. Je suis en train de patauger dans la neige sale des quartiers underground. Ça pullule de malfrats, de sans-abris et de poivrots. Certains combinent même les trois à mon avis. J’ai rabattu la capuche de mon blouson noir, et je passe inaperçu pour le moment. Reste à savoir pour combien de temps. Je tourne au hasard dans les ruelles. On pourrait croire que je sais où je vais. C’est faux. Simplement, un type qui ne sait pas où il va ici, c’est suspect. J’ai la main dans ma poche, ça laisse entendre que je suis peut-être armé. Joli mensonge que voila. Alors que j’avance, la neige humidifie mes chaussures, et moi je cherche un bar ouvert. C’est pas les comptoirs à whisky délabrés qui manquent, mais je vois mal la jeune fille que je recherche assise au bar en train de s’enivrer. Si elle traîne par ici, elle doit avoir autre chose en tête. Je trouve enfin un pub plus accueillant. J’y entre. La lumière est tamisée, et une vieille radio grésille au dessus de la machine à pression, posée sur une étagère bancale. Les clients ne se retournent pas quand je passe près d’eux. Bon signe. Ça sent l’humidité. Au plafond, les poutres gouttent, signe que la toiture n’est pas tout à fait hermétique. Les murs sont couverts d’une tapisserie jaunâtre. Le lieu n’est pas très homogène. Tables de bois massif côtoient chaises en plastique. Chandelles et ampoules se partagent les zones à éclairer. Les cendriers débordent sur les tables vides et des mouches viennent traîner leurs pattes sur les cacahuètes. Aucun doute que l’établissement ne survivrait pas à un contrôle hygiénique. Mais si de telles descentes avaient lieu, ce ne serait surement pas ici. Je ne pense pas me tromper en avançant que si un inspecteur quelconque s’était rendu ici pour menacer le patron d’un des pubs, on lui aurait rit au nez. Puis on aurait retrouvé son corps dans une poubelle quelques jours plus tard probablement. Ou dans plusieurs poubelles même, s’il s’en était pris à la mauvaise personne. C’est ça qui me fait flipper ici. Les types sont pas agressifs dès le départ. Mais il suffit qu’un mot soit mal pris, et on est dans le pétrin. Si on a de la chance, c’est juste un gros bras qui nous colle un marron ou deux. Mais certains types sont plus extrêmes que ça. Bon, l’avantage, c’est que j’ai pas un look trop snob. C’est plutôt une bonne chose, car les prospecteurs d’impôts doivent mener la vie dure dans le coin. Je suis surement un peu trop propre, c’est sûr… Arrivé au fond de la pièce, j’accoste le bar et interpelle le patron.
« Une Edelweiss s’il vous plait. »
C’est une bière blanche. Ma préférée. Le barman me lance un premier regard étrange en me tendant une bouteille poussiéreuse et une chope. Je n’y prête pas attention et lui tends un billet pour payer ma consommation. Un coup d’œil autour me montre qu’en effet, il avait de quoi être étonné. Les gens ici sont de gros buveurs. Je note au moins deux bouteilles par table. Et c’est pas du champagne, plutôt du whisky. Je bois une gorgée de bière après l’avoir versée dans la chope. J’aime aussi boire à la bouteille, mais pas aujourd’hui. Je sors mon bloc-notes. Ce lieu m’inspire. Non pas que je m’y sente bien. Seulement il est atypique. Il me change de mon quotidien. Pour un écrivain comme moi, avoir vu et savoir décrire toute sortes de lieux est un atout. Et vu que c’est la toute première fois que je m’aventure aussi loin dans les quartiers underground, c’est une occasion unique d’apprendre. Le temps passe ainsi. J’observe, écris, renifle à cause de la fumée de cigarette qui me dérange.
La patron se pose à côté de moi et m’observe d’un regard insistant. J’en viens à lever les yeux vers lui.
Il prend alors la parole. Moi qui croyais qu’il me dévisageait ouvertement et m’en offusquait, je me rends compte qu’il voulait simplement parler. Que je suis bête à voir le mal partout.
« C’est la première fois que je vous vois ici, qu’il me dit. Ecrivain ? »
Mes yeux s’écarquillent. Il a deviné vite.
« - Ça se voit tant que ça ?
- Vous n’êtes pas le premier. Ici, pas mal de types se sont dit que s’ils faisaient un carton en publiant un bouquin, ils pourraient sortir de la misère et peut-être quitter ce trou à rat.
- Vous en connaissez qui ont réussi ?
- Non, répond-il avec un grand sourire découvrant ses dents étonnamment blanches. La plupart griffonnent quelques mots comme vous. Mais ils enchaînent plus de verres que de lignes, et tombent toujours la tête sur la table après une overdose de whisky.
- Très encourageant…
- Réaliste. Mais rassurez-vous. En tournant à la bière vous arriverez à écrire plus qu’eux. »
Sa voix grave émet un bruit à mi-chemin entre le rire et la toux. Je souris. Finalement ce type avait été assez sympa. Et pas trop curieux. Des qualités compte tenu de ma situation.
Je me penche pour écrire de nouveau quelques mots. Là, mon regard se pose sur un bonhomme assis sur un tabouret au bar. Je ne l’avais pas remarqué avant car un groupe de personnes étaient assises entre nous, et me bloquaient la vue. Ce mec a quelque chose d’étrange, de déroutant. Son apparence est normale pourtant. Costaud, les cheveux longs, la trentaine peut-être ; moins si sa barbe le vieillit. Il a un gros blouson clouté de motard, et des lunettes de soleil dépassent de sa poche extérieure droite. Devant lui est posée une bouteille de whisky qu’il semble avoir bien entamée. Il la saisit d’ailleurs, et boit au goulot. Sacré descente, pur comme ça… J’aurais surement vomis repas, tripes et bonus à sa place. Mais si mes tripes sont remuées, ce n’est pas à cette pensée. C’est pour autre chose. Ce mec a l’air dangereux. Oui, super, je n’ai pas l’impression de risquer grand-chose pourtant. C’est juste que… je le connais. Il m’est familier. Un peu trop même. Où l’ai-je déjà vu ? Cette question me trotte, et je descends ma bière un peu plus rapidement que prévu. Puis, comme si la douce montée d’alcool dans mon cerveau avait éveillé mes sens, ça me revient. Mais c’est impossible ! Ce type est la copie conforme d’un des personnages de mon dernier livre ! Que j’ai refusé de publier soit dit en passant, pour des raisons qui ne regardent que moi. Irvine. Irvine Onyx, aussi surnommé le « Timerider ». Je secoue la tête et je rie. Quel imbécile je fais. Ce type ressemble à celui que j’ai imaginé, oui, et alors ? Coïncidence. Les personnages ne sortent pas des livres. J’observe la bouteille vide en me disant que je ferais bien d’arrêter l’alcool, aussi faible soit-il. Malgré tout, j’interpelle à nouveau le patron, et dans un murmure, je lui demande :
« Vous connaissez ce type là-bas, avec le blouson clouté ? »
Le barman, penché vers moi pour entendre ce que je dis, tourne lentement la tête dans sa direction. Il le fixe un moment, puis me répond.
« Ça fait quelques fois qu’il vient et qu’il enchaîne les bouteilles de Jack Daniel’s. Mais il n’a jamais dit son nom, ni parlé à qui que ce soit. »
Déçu, je détourne mon regard. Mais le barman est toujours là. Il n’a pas fini.
« Ceci dit, les rumeurs courent vite ici tu sais. On a su qu’il n’était pas d’ici aussi vite que j’ai su que toi non plus t’étais pas un miséreux, ajoute-t-il avec un sourire malin. Il paraît qu’il a des problèmes avec la pègre locale. C’est pour ça qu’il squatte jamais le même établissement plusieurs soirs à la suite. C’est tout ce que je peux te dire. »
Il se redresse et me lance un clin d’œil.
« Merci. »
J’ai beau me raisonner, je suis toujours troublé. Je me lève et me prépare à quitter les lieux. Lorsque je passe derrière son siège, je ne le quitte pas des yeux. Mais il ne frémit pas, n’esquisse pas le moindre mouvement, ne m’accorde pas même un regard. Je n’existe pas. Seulement quelques pas m’éloignent de la sortie. Je les franchis de manière trop lente pour paraître naturelle, mais personne n’y fais attention. Je songe. Je songe à Irvine Onyx, le regard enflammé, enfourchant une moto rugissante et terrifiante. J’arrive à la porte. Un dernier regard en arrière, vers cet homme en train de boire sans soif sous les lueurs jaunâtres. Je fais un pas et je sens la fraîcheur de l’extérieur. Je revis. Le vent frais, l’air sans fumée. Même l’odeur de pétrole provenant du garage auto à proximité ne me dérange pas. Je hais la cigarette. Je passe devant le mécano, couché sous une grosse Harley. Il travaille bien tard. Une Harley… rugissante… je délire. J’ai besoin de boire. J’erre dans les rues. A présent, même si ce n’est que pour un soir, je n’ai besoin ni de capuche, ni de faux semblants. Je leur ressemble à tous. Titubant tel un alcoolique en manque de substance. Marchant sans but, j’entre dans leur monde. Il me semble que j’ai quelque chose à faire, mais impossible de me souvenir quoi. L’image d’un pont s’impose à mon esprit. Une moto ronronne derrière un voile. Une ombre derrière la fumée. Je suis tellement dérouté que je ne saisis plus l’ordre des choses. Ça fait bien bon une heure et demi que je suis assis dans cet autre pub. J’ai arrêté de compter après le quatrième whisky. Dans la salle du fond, un groupe de musique envoie des riffs étonnants. Je me laisse entraîner, j’approche maladroitement. La chanteuse a une belle voix. Ses paroles sont tristes. La mélodie se calme, un solo fait couler quelques larmes sur mes joues. Puis la douleur. J’ai pris deux claques. Une physique, par le type que j’ai bousculé involontairement, à cause de mon état et des gouttes qui obstruaient mes yeux. La seconde fut la plus douloureuse. La claque mentale. Cette chanteuse. Belle, brune, les yeux verts perdus dans un autre monde. Je me souviens pourquoi je suis venu. Ce n’est pas pour m’enivrer bêtement. Je suis venu chercher Line Blott. Et elle est juste devant moi. Je sais désormais pourquoi elle passe ses nuits ici. La musique. Et l’argent, je suppose. Je savais bien que ce n’était pas juste une traînée comme le sous-entendait l’autre cruche de Deborah. C’est très mal Lan. Il ne faut pas avoir de pensées aussi déplaisantes à propos d’une de ses élèves. Tout ça s’est passé en une seconde. Je croyais être sur le bon chemin à présent. Mais en fait, seulement à moitié. Je suis dans de sales draps, parce que le mec qui m’a collé une trempe, devant mon absence de réaction voire le demi-sourire que j’ai du afficher en apercevant Line, s’est emporté. Encore un qui à l’alcool violent. Le résultat, c’est qu’il me soulève d’une main, et me balance au sol. La foule s’écarte et admire mon vol plané. La bonne chance dans tout ça, c’est que j’ai eu des sensations fortes et qu’alors qu’il me tombe dessus pour se défouler encore un peu, j’ai l’esprit bien plus clair. Je n’ai jamais décuvé aussi vite. J’y penserais la prochaine fois que j’aurais un peu trop tâté le goulot. Je demanderais à un gros skinhead de m’envoyer un direct ou deux, c’est efficace comme traitement. Le problème maintenant, c’est qu’il ne s’arrête pas. Je suis un écrivain moi, pas un catcheur. Il m’a immobilisé, et je sens un liquide chaud et épais me couler de la bouche. Je ne me suis jamais surpris à baver, j’en déduis donc que c’est du sang. Je crois que je vais tomber dans les pommes s’il frappe encore une fois. Si ça se trouve je vais y finir dans cette poubelle tout compte fait… Je me prépare au choc. Le temps est toujours plus long quand on attend quelque chose. Je me crispe en prévention de la douleur. Puis j’ouvre les yeux. Deux types, fins mais musclés, on saisi l’autre grand chauve. Il pourrait probablement les envoyer valser en forçant un peu, mais à voir leurs piercings et tatouages, ça n’a pas l’air d’être des tendres non plus. Une voix douce s’élève à ma droite.
« Calme-toi, Big V. »
Je tourne la tête vers la fille. Ça craque, j’ai mal, mais je la vois et ça me rend heureux. Trouvée ! Il y avait une chance sur cent pour que je tombe sur elle, et je l’ai trouvée ! Elle m’aide à me relever.
« Vous vous êtes perdu ce soir, professeur ? »
Les deux types lâchent le skinhead qui me jette un regard navré et marmonne d’inaudibles excuses. Puis ils remontent sur scène et rangent les instruments. Il s’agissait des guitaristes. Sacré look. Je pense comme un idiot. L’alcool fait toujours son effet. Line m’entraîne dehors. Le froid m’envahit et me réveille encore un peu. Elle disparait. M’abandonne-t-elle ici ? Il ne faut pas, j’ai tant à lui dire, lorsque je serais en état. J’entends de nouveau des pas dans la neige. Une substance glacée colle sur ma joue. La belle chanteuse est de retour avec des glaçons et les colle sur ma mâchoire ensanglantée. Elle me partage sa veste et me réchauffe. C’est étrange de se retrouver dans les bras de son élève, aussi innocent le geste soit-il.
Faute de trouver mieux à faire, je patiente, les yeux clos. Elle engage finalement la conversation.
« Alors, pour votre première excursion dans les quartiers chauds, vous vous offrez les services de Vassler ? Vous ne faites pas dans la dentelle vous. »
Je suis content qu’elle n’emploie pas de mots compliqués, penser m’est difficile. Malgré tout, je ne saisis pas entièrement ce qu’elle raconte.
« Qui est Vassler ? »
Elle rit. Sa voix me rassure, elle me montre qu’il y a de la joie même dans la douleur et même dans la misère. On dit que les bourrés ont des pensées simples mais sincères. Ce doit en être une…
« Le type qui vous a mis dans cet état. On l’appelle Big V, parce qu’il a tendance à s’emporter rapidement quand il est alcoolisé. »
Je ris à mon tour et réplique d’une voix altérée par la douleur.
« - J’avais remarqué !
- Ne lui en soyez pas trop rancunier, il s’en veut. Il s’est excusé et il est rentré chez lui en disant qu’il préférais s’éloigner avant de faire d’autres bêtises et d’autres blessés.
- Chic type. Dommage qu’il n’y ai pas pensé un peu avant… »
Nous rions ensemble. Elle se lève et me tends la main.
« - Vous êtes en état de marcher ?
- Nous verrons bien, m’exclamais-je avec une haussement d’épaules. »
Je saisis sa main et me lève. Le monde tourne un peu, mais moins que tout à l’heure. Je titube tout de même au premier pas. Elle me rattrape et me soutiens alors que nous reprenons la route d’une marche un peu plus assurée.
« - Vous habitez à l’Université, n’est-ce pas ? demande-t-elle.
- Oui.
- C’est un peu loin, je vous amène chez moi. »
Même la tête dans les nuages, je me sens rougir. Se laisser réchauffer puis soutenir par son élève était déjà bien trop, je n’allais pas passer la nuit chez elle. Cela me gênerait énormément.
« - Non Line, c’est très gentil de te faire du souci pour moi, mais je ne peux pas accepter, laisse-moi là, ne t’en fais pas, je…
- Ce n’était pas une question professeur ! réplique-t-elle. »
Et bien, voila qui change tout…

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[Chapitre 4 à venir...]

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Jeu 20 Juin 2013, 13:02

NEWS!


Ah que coucou! Et oui, enfin, le livre est disponible à la vente!
Couverture "provisoire", car si tata Angellan fait le dessin prévu je la modifierais.
A noter que j'ai également mis à jour le premier post!

Pour le moment, le livre n'est disponible que via la plateforme Lulu.com.
Formats: eBook (PDF), et imprimé (livre poche).

Tout se passe ici: 
http://www.lulu.com/spotlight/elemsis

Toutes mes excuses pour le prix également, je n'ai pas la main dessus, les inconvénients de l'auto-édition. Le format eBook reste très accessible, pour ce qui est de la version papier, et bien je ne peux vous dire qu'une chose: c'est cher mais toujours moins qu'un grand format même dans une maison d'édition standard. La marge que je me fais dessus est dérisoire, justement pour éviter d'atteindre un tarif trop élevé.

D'ici quelques temps (démarche de distribution un peu longue), le livre sera disponible dans les catalogues de librairies, et surtout sur Amazon.

Je vous informe de ça quand c'est effectif, en attendant, Lulu est votre ami.

Soit dit en passant, il peut rester des coquilles dans le roman, puisque je n'ai fait que de l'auto-correction. Si au fil de la lecture, vous remarquez des détails gênants, n'hésitez pas à me le faire savoir ici même pour que j'y apporte les modifications nécessaires.

A bientôt pour de nouvelles aventures (et le tome 2, coming soon ou pas trop soon!).

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Jeu 20 Juin 2013, 14:07

Ineressant ça! Et GG à toi! Vendre une telle arnaque littéraire, c'est osé hap :noel:

Nan je déconne, si c'est sur e-book, j'y aurais pas accès par contre... format kindle?

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Floya
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Jeu 20 Juin 2013, 14:10

Oh! Génial, bravo à toi!

Effectivement ils se font plaisir sur le format papier par rapport à l'ebook. =w=' 
Donc il est disponible dès maintenant mais il est possible que la couverture change?

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Nusenism
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Jeu 20 Juin 2013, 15:24

Floya, oui c'est ça. L'unique différence sera un joli dessin representatif du livre à la place de mon machin abstrait improvisé.

En effet, ils doivent s'en mettre plein les poches car quand on ajoute la Tva et les frais de port, on atteint genre 18euros pour un livre de poche papier. Pas vraiment cool,mais les autres plateformes d'auto édition ne proposent pas mieux.

Choco > tu pourras lire l'ebook logiquement, car je l'ai mis au format Pdf et pas ePub. Donc si tu peux ouvrir un fichier Pdf tu peux ouvrir mon ebook, en toute logique.

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Choco-sama
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Jeu 20 Juin 2013, 15:27

Format PDF? Ok donc oui, je peux le lire... J'espère que tu as pas trop abusé des effets de lumières et que le LD est un minimum travaillé! (Mais on m'a dit que les ombres sont pas bien faite!)

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Jeu 20 Juin 2013, 17:27

Le LD kr4sh du fe tkt! Les ombres oui elles ont des petits défauts d'orientation et d'incrustation. Tu sais moi et photocrotte...

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Jeu 04 Juil 2013, 18:01

News PROMO ! Bravo ! 


-WhaT ?-

Oui j'ai trouvé le moyen d'appliquer une réduction du prix sur le livre format papier!
Donc si certains étaient un peu rebutés par le prix, j'ai pu appliquer une réduc' de 15% qui restera active pendant au moins... je sais pas combien de temps mais pour l'instant elle est là!

-PourQuoi ?-

La promo impacte directement mon bénéfice, certes, cependant l'auto-édition n'a pas vocation (pour moi du moins) à faire couler des richesses. L'idée principale est que le livre soit lu et se fasse connaître. J'essaie donc de le rendre accessible au plus grand nombre. D'où la mise en place de cette réduction.

Vous savez tout! Maintenant, ça se passe toujours ICI : http://www.lulu.com/shop/tom-elemsis/les-chroniques-de-li%C3%A8ve-tome-1/paperback/product-21077581.html

Pour ceux qui l'ont déjà acheté ou lu, n'hésitez pas à placer une évaluation où un commentaire sur la page du livre!
A bientôt pour de nouvelles mésaventures!

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Jeu 13 Nov 2014, 23:09

Nuse a pas dit la nouvelle, tsss... Ah les écrivains et leur détachement de la réalité!


"Les chroniques de Liève" sont désormais édité par Kitsunegari Editons.

- http://www.kitsunegari-editions.com/ -

Si vous ne savez pas quoi offrir à noël ou si vous voulez tenter de nouveaux écrits, aller donc sur ce site Wink

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de Liève   Ven 14 Nov 2014, 01:37

Ouais j'ai zappé mes topics sur les forums de making honte à moi je propose que l'on me flagelle à coup de flageolets!

:lapincourt:

Merci Choco! Wink

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